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À l’époque où le pape Benoît XVI relance la réflexion sur l’importance de la raison et de la foi et le président de la République, celui de la nécessaire présence du spirituel dans l’espace public, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur une croyance qui touche aujourd’hui des milliards d’êtres humains : la réincarnation. Cette croyance est présente dans de nombreuses ères culturelles encore aujourd’hui et fut, dans le passé, assez universelle.
Ce n’est pas le lieu de discuter ces doctrines, mais nous devons nous rappeler qu’elles expriment le désir de l’homme de croire, d’une part, dans la lumière de l’Un et d’autre part dans l’essence des responsabilités des actes accomplis. Cette double force qu’a remarquée Jean Chevalier, l’aspiration à la pureté et le poids des actes, entraîne l’être humain dans un cycle de renaissances jusqu’à atteindre la perfection, qui lui donnera accès, hors de la «roue de l’existence», à l’éternité.
Loin de la fatalité, perçue par certains esprits occidentaux, cette croyance à la réincarnation nous rappelle que l’homme est libre et responsable de son destin. Elle affirme que sa destinée dépend de ses choix, vision que les Hindous ont énoncée par la loi du karma ou principe de cause à effet. Si les religions monothéistes rejettent en partie cette approche, c’est fondamentalement à cause de leur conception d’un temps linéaire plutôt que cyclique.
Le débat fut important à l’époque du christianisme primitif
Mais le débat fut important à l’époque du christianisme primitif. Il n’est pas inutile de rappeler que le contexte philosophique de l’époque, chrétien comme païen, était très enclin aux doctrines de la réincarnation.
Chez les Pères de l’Église, la doctrine de la migration de l’âme de corps en corps interroge et divise. Justin, Clément d’Alexandrie et Origène l’admettent et la défendent. Pour Origène, ce monde n’est pas autre chose que le lieu de purification des esprits bannis du ciel, lesquels se réincarnent sans cesse dans un corps de chair. À la fin des temps, tous les esprits retourneront à Dieu.
Ce n’est qu’au VIe siècle que ces théories seront définitivement bannies de l’Église par des anathèmes. En effet, la loi du karma s’est révélée souvent dangereuse par une interprétation trop cérébrale, éliminant toute espérance de la grâce et du pardon. Quelle place alors au salut apporté par Jésus-Christ ? Néanmoins, le Nouveau Testament garde quelques allusions à cette doctrine : Matthieu (XVII, 12,3) Marc (XII, 14,16), Jean (IX, 1,2) par exemple.
Pour comprendre, sans faire d’erreur, la véritable idée de la réincarnation, il faut savoir quelle est la partie de l’homme qui se réincarne véritablement. C’est l’entité individuelle ou impérissable de l’homme, presque impalpable, qui se réincarne, et non les aspects temporels et périssables qu’il prend dans son séjour terrestre tels le corps ou la psyché.
Il faut également se garder de confondre la doctrine de la réincarnation avec la métempsychose, concept beaucoup plus large qui parle de la transmigration des âmes dans d’autres corps tels les plantes, les animaux ou les êtres humains. Du point de vue traditionnel, la doctrine de la réincarnation n’admet pas la régression d’un règne vers les autres, peu importe la faute qu’un être aurait pu commettre.
C’est donc bien l’esprit qui revient pour parachever son évolution mais jamais son apparence. D’ailleurs, dans les croyances à la résurrection, ce n’est pas non plus le corps de chair qui ressuscite mais un corps de gloire transfiguré de sa pesanteur terrestre. Au-delà des perceptions de l’avenir de l’âme, chaque voie spirituelle a toujours mis l’accent sur l’esprit et le comportement moral plutôt que sur l’avenir de la chair.
Fernand Schwarz
Président de la Fédération Française Des Nouvelle Acropole |